INTO THE WILD - SEAN PENN
Les anges n’ont rien dans les poches*.
Partir pour tout quitter.
Celui qu’on était
Celui qu’on allait devenir.
Brûler jusqu’au dernier billet
Pour n’avoir plus que soi comme unique vérité.
Avec Into The Wild, son quatrième film, Sean Penn continue de sonder nos consciences en nous racontant cette fois une histoire vraie. Une fable moderne. Extrême.
Sous les traits d’un road-movie métaphysique et contemplatif, le film nous entraîne dans les pas, dans les yeux de Christopher Mc Candless, un jeune étudiant. L’histoire est celle d’un refus. D’un choix, d’une décision. Partir pour l’Alaska. Tout quitter. L’Autorité. Familiale, matérielle, physique et sociale. Quitter le père. Ses carcans. Défier la Convention pour prendre la route. Sur les traces de Kerouac, des autres, ces clochards célestes qui, en quête de liberté, parcourent les mythique grands espaces américains.
Plus qu’un film Into The Wild apparaît donc comme un journal intime, un carnet de route fait de notes et d’images, d’impressions.
La caméra observe cette Nature, encore intacte, sauvage, inhabitée. Cette Nature qui nous offre sa beauté, épargnée ; la solitude de ses sommets, le poids de ses forêts denses.
Puis elle regarde l’Homme arriver, s’adapter à cet environnement nouveau qui lui impose ses lois, sa hiérarchie. Elle regarde ces deux forces s’affronter, s’apprivoiser, La Nature sans concession et, cet homme, accouchant dans la douleur, de l’extase, de sa vérité.
Into The wild nous décrit cette expérience mystique de renoncement, de dépouillement, cette recherche d’une communion totale et absolue.
Si avec une photo quasi documentaire, naturaliste, le film peut sembler se vouloir esthétisant, militant, il ne s’arrête pas pour autant à nous montrer la Nature, en mouvement, et cet homme s’y invitant, car tout comme chez Malick ou Iñárritu, le héros, retourné à cet état de Nature originel se retrouve ainsi nu face à lui-même. Seul responsable de ses actes et de ses choix. De l’absurdité qu’il génère. Qui l’a généré.
Sean Penn signe avec Into The Wild un pamphlet écologiste et humaniste contre notre monde. A travers Christopher, il nous met face à la futilité, l’obscénité d’une société ultra matérialiste, portée sur elle-même et ses biens. Mais ne s’arrêtant à l’idéalisme premier, il nous rappelle avec réalisme qu’on ne peut jouir de la solitude qu’en sachant l’Autre et réciproquement.
« Le bonheur ne vaut que s’il est partagé »
Malgré cela, Into The Wild ne se veut pas moraliste. Il témoigne juste de ce qu’un homme, à travers sa vie, a voulu dit à ses pairs, ses pères… Et son histoire insuffle, comme à tous ceux qui l’ont croisé, un espoir d’autant plus fort qu’il émane de ce héro bien vrai. Ce héro dont on gardera en mémoire le sourire bien vivant. Comme une invitation, un avertissement. La liberté existe semble-t-il dire. Je l’ai trouvée. Elle est là. Elle est moi !
* Dan Fante